Au cœur de l’oubli.

Portrait de superuser

La réfection de la RN7 a capté tous le transport de marchandises le long des côtes de l’Océan Indien. Le canal des Pangalanes s’ensable, la ligne de chemin de fer reste déserte des heures  durant et des villages autrefois très actifs sombrent dans l’oubli.
Focus…

Au petit matin, nous embarquons dans une pirogue pour remonter le canal des Pangalanes.
Sept cents kilomètres de lacs et canaux qui longent l’Océan Indien.
Un canal bordé de forêts épaisses, que le regard ne peut sonder le plus souvent.
Parfois, une ou deux cases, parfaitement isolées, devant lesquelles on distingue une femme ou un homme accroupi, qui nous regardent passer

Ici une grande pirogue est échouée sur un banc de sable. Des gars s’activent autour en déposant des sacs de charbon de bois sur les hauts fonds qui affleurent. S’ils veulent poursuivre leur trafic, car c’est de trafic de charbon de bois et de bois dont il s’agit, ils devront revenir plus tard, reprendre la marchandise laissée là.

Plus loin nous abordons une petite plage.
Une jeune femme se lave dans l’eau des Pangalanes.
Après avoir mis pied à terre, nous découvrons un village, au bout d’un petit chemin de terre.
On nous regarde, on nous observe en levant mollement la tête.
Il y a peu de voyageur pour s’échouer là.
Le village sue l’ennui. Quelques tous petits lopins de terre sont grattés et plantés sans conviction. Quelques volailles se perdent dans la végétation épaisse. Il n’y a pas grand-chose à faire ici. Attendre peut-être.

À quelques pas des cases, un ancien bâtiment colonial, aux auvents de tôles trouées, aux murs lépreux.
C’est la gare qui somnole le long de la voie ferrée.
Une gare fantôme ou presque, puisque en 1985 avec la réfection de la RN7, la circulation ferroviaire a été interrompue.
Une route, plus de bateaux sur le canal, plus de train.
À l’époque, les trains étaient nombreux. Les marchands se bousculaient en criant sur le quai pour vendre aux centaines de passagers quelques fruits ou quelques marchandises.

Depuis quelques mois et à la demande des villages qui longent la voie ferrée, le trafic ferroviaire reprend un peu. Pas les trains d’avant. Un tout petit convoi quotidien qui ne transporte pas grand-chose si ce n’est les espoirs de quelques Malgaches.
« J’ai une chance de voir passer le train ?
- mmm… non me répond une femme. Il a déraillé. Il aura au moins de sept heures de retard. Peut-être deux fois plus, le temps qu’ils le remettent sur les rails. Enfin je pense. Demain peut-être… ».

Nous réembarquons.
Un homme nettoie une gamelle dans le sable du canal.
Quelques signes d’adieu et les villageois retournent à leur attente

 

Recent comments