Chris Kilham, medecine hunter

Portrait de superuser

Je l’attends sur le boulevard Saint-Germain depuis un quart d’heure quand je vois son mètre quatre-vingt se déplier du taxi.
Grand, la tignace grisonnante, il recompte sa monnaie.
En américain : « Bonjour. Mmmm j’ai bien l’impression que le chauffeur ne m’a pas rendu le compte ».
Je n’aurais pas déjà rencontré Chris, je me dirais que tous les chauffeurs de taxi français étaient catalogués comme voleurs dans sa carte mentale.
Mais ce serait mal le connaitre.
D’ailleurs, au premier coup d’œil, Chris Kilham n’a rien d’un touriste au jugement facile. Ni en France, ni ailleurs.
Il fait partie de ces hommes qui semblent naturellement invités partout où ils mettent le pied.
La force des voyages nombreux et divers sans doute.
Car Chris ignore peu de recoins du monde.
Quand je lui demande qui il est devant un express qu’il savoure avec gourmandise, il me répond qu’il lui sera plus facile de répondre par ce qu’il fait : il parcourt le monde à rechercher des plantes médicinales, différentes cultures et environnements. « Je suis un pont entre les culture ». Il aime aller loin pour découvrir comment les gens vivent, quelles sont leurs coutumes quelles sont leurs pratiques médicales et raconter tout ça au monde. Son ambition, c’est créer des liens directs entre le savoir médical de ces peuples et le nôtre pour le bénéfice de tous. « Oui, vraiment, je suis un pont entre les mondes, je pense que c’est la meilleure description de moi-même. »
Car Chris Kilam se définit aussi comme un « medecine hunter ». Un chasseur de remèdes.

« Qu’est-ce que ça veut dire, chasseur de remèdes ?
- bien, quand j’ai développé cette carrière, j’ai pensé que…
Le regard de Chris plonge dans son expresso. Il marque une pause. « Ce que je veux dire c’est que je ne suis pas un botaniste à proprement parler, je n’ai pas de formation de botaniste au sens strict du terme. Je ne suis pas vraiment un scientifique non plus, même si je comprends pas mal de sciences. Ce que je fais c’est me balader et regarder des choses, chasser des choses et quand j’ai songé à développer mon business de medecine hunter, j’ai pensé deux choses.
Tout d’abord c’était la meilleure définition pour ce que je faisais : voyager autour du monde et chercher des remèdes naturels. Et j’ai pensé aussi que c’était une expression qui interpellerait l’imagination des gens. C’était très intentionnel de ma part. Je suis très sérieux dans mon boulot, mais je comprends aussi que les gens ne veulent pas des informations présentées de manière trop sérieuses. Les gens veulent des informations funs, sympas, faciles à comprendre. J’ai choisi cette expression car je la trouve imagée et sympa.
Un aventurier donc, qui a une parfaite maîtrise de sa propre communication.


Et ce qui l’a fait devenir medecine hunter ?
Les années 60 et leur inspiration écologiste. La vraie. Pas celle de Bercy Village, mais celle des gars qui portaient des cheveux longs et qui croyaient sincèrement en leur douce révolution. Il me parle de cette époque où ses amis devenaient végétariens, se mettaient au yoga et tout le reste.
Que sont devenus ses amis? Il ne le dit pas. Mais Chris, lui, s’est intéressé aux plantes et a voulu chercher plus loin, au-delà des frontières. 

Un Indiana Jones, mais humaniste.
C’est ainsi qu’il est devenu l’un des plus réputés des Indiana Jones des plantes médicinales.
Un Indiana Jones qui se double d’un humaniste de bon sens.
Ainsi, quand il a « découvert » la maca, il était hors de question pour lui, que les péruviens, qui utilisaient ce tubercule depuis des siècles, ne bénéficient pas des retombées de leur culture.
Avec Naturex et Phythea, Chris a pu développer sur les hauts plateaux andins un cabinet dentaire, un accès internet et bientôt un cabinet d’ophtalmologie, répondant ainsi aux attentes des cultivateurs péruviens.
« Il est inimaginable que ces populations qui sont détentrices d’un savoir-faire ancestral, se fassent dépouiller et ne bénéficient pas des retombées que ce savoir engendre. »

Retrouvez Chris Kilham sur son site : medecinehunter
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Jean-François Aubert pour The W Planet Explorations

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