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Les arômes de l'espoir.
7 déc. 2008 - 13:24
Madagascar est un des pays les plus pauvres de la planète. Plus pauvre que l’Inde encore. Le salaire moyen, quand salaire il y a, est d’environ trente Euros par mois. L’île de Madagascar, avec une superficie supérieure à celle de la France
La naissance du projet
Le projet est un peu le fruit du hasard. C’est lors d’un déjeuner à Manambato à quelques kilomètres de Brickaville, qu’Ignace remarque un ylang ylang en fleur à deux pas de la terrasse du restaurant. Cet arbre est réputé pour ne pousser que dans le nord de l’île et c’est avec un grand étonnement que Guillaume apprend la nouvelle de la bouche d’Ignace.
C’est de cette découverte fortuite que prend alors naissance le projet de plantations à Manambato.
Guillaume est en effet à la recherche d’essences aromatiques, Ignace veut concrétiser un projet qu’il a couché sur papier depuis plusieurs années déjà. Le projet consiste en la création d’une plantation qui serait en mesure de répondre aux demandes sans cesse croissantes d’entreprises utilisant des essences : ylang ylang, mais aussi patchouli, ravintsar ou niaouli dans un premier temps.
Le projet
Les idées germent : Madagascar est réputée disposer d'une immense variété de plantes aromatique, mais pas pour sa capacité à produire.
Une entreprise susceptible de produire des huiles en grande quantité, romprait cette idée reçue.
Une volonté commune guide cependant Guillaume et Ignace : produire mais pas à n’importe quel prix.
Le projet devra s’inscrire dans une volonté de co-développement avec la population de Manambato et valoriser les ressources locales. En d’autres termes, les deux futurs associés n’imaginent pas donner naissance à ce projet sans l’inscrire dans un contrat social, profitable aux habitants de la région.
Une mise en place complexe
Mais la mise en place d’une telle plantation –plus de six cents hectares- n’est pas facile. À commencer par la nature juridique des terrains.
Car si les terres appartiennent juridiquement à l’État de Madagascar, elles appartiennent aux habitants de la région de Manambato par le droit coutumier.
Il faut donc convaincre les deux parties avant d’imaginer une quelconque réalisation.
Négociations faites avec l’État, il s’agit donc de présenter le projet aux décideurs coutumiers de Manambato.
La future entreprise s’engage non seulement à valoriser les terres, mais aussi à faire travailler les populations locales en leur proposant une rémunération décente.
Le projet reçoit un accueil enthousiaste. Les ressources de Manambato sont rares et les revenus plus que maigres.
La perspective de développer une telle activité est porteuse d’un véritable espoir.
Des terres appauvries
Le second écueil c'est la pauvreté des terres. Terres, très riches à l’origine, elles se sont appauvries du fait des traditions culturales : les ethnies essentiellement nomades à l’origine, pratiquaient intensément le brulis (voir la vidéo).
On abattait les plus grands arbres de la forêt côtière, puis on mettait le feu à la parcelle ainsi défrichée afin de planter du riz pendant quelques années.
Les terres épuisées, on brûlait la parcelle suivante.
Cette pratique, aujourd’hui encore très répandue et mettant en péril la forêt primaire de Madagascar, a pour conséquence un appauvrissement des terres sur lesquelles plus grand chose ne peut guère pousser.
Cinq cents hectares de terres côtières donc, richement abreuvées des pluies fréquentes dans la région, mais ne disposant plus des ressources pour laisser s’épanouir les arbres et plantes nécessaires au développement de l’activité.
Clara vient alors éclairer le projet de ses compétences techniques.
Là aussi, la notion de co-développement et de développement durable vont nourrir la stratégie… Et la terre.
La terre analysée et ses besoins recensés, l’équipe composée de Guillaume, Ignace et Clara, organise un processus d’enrichissement des terrains fondé sur le recyclage des plantes (voir la vidéo) qui pousseront sur ces mêmes terrains.
Les déchets végétaux, enrichis d’éléments naturels, viendront fertiliser les sols.
Le déploiement
De son expérience de consultant international, Ignace planifie chaque étape du projet de façon quasi militaire.
Tout est millimétré. Guillaume explore la dimension commerciale : elle est vaste et très porteuse. Clara quant à elle va prendre en main toute la dimension opérationnelle sur le terrain.
Aux alentours de Manambato, les avancées sont spectaculaires. Les pistes destinées à convoyer le matériel et à faciliter la circulation des hommes et des femmes se percent avec une étonnante célérité. La dernière, deux kilomètres deux-cents, en date voit le jour en à peine trois semaines. Cinquante hommes y auront travaillé, armés de simples pelles (voir la vidéo).
Une pépinière, couverte d’ombrières (voir la vidéo), accueille plusieurs dizaines de milliers de plants.
Les premièrs plants voient le jour. Il s’agit de niaoili, d’ylang ylang et de patchouli.
Ignace et Clara expérimentent, connaissent quelques revers (voir la vidéo), certaines plantes meurent sur pied, mais l’essentiel croît bien et vite.
Les parcelles sont tracées au cordeau, au triangle plus exactement, sous l’œil avisé des chefs d’équipes.
Plus de cent cinquante personnes travaillent dans la plantation. Une manne jusqu’alors inespérée.
Les femmes qui ne travaillent pas à plein temps pour le projet peuvent elles-mêmes cueillir des feuilles de niaoulis qui poussent naturellement dans les environs du village pour les porter à l’alambic (voir la vidéo) qui en extraira l’essence.
« Nous n’en avons pas réellement le besoin, confie Ignace. Nos stocks sont largement suffisants. Mais cela permet aux femmes qui nous apportent ces feuilles de disposer de revenus d’appoints. Cela fait partie à nos yeux du contrat social que nous mettons en place ».
Le contrat social
Le « contrat social » que définissent Guillaume, Ignace et Clara, jette les bases d’un véritable partenariat entre la population de Manambato et de la plantation. Plus de cent cinquante personnes travaillent à plein temps pour le développement du projet. Plus de deux cents lors de certaines périodes intenses.
Des habitants des villages voisins parcourent même parfois dix sept kilomètres en se levant à deux heures du matin pour venir prêter main forte.
« dix-sept kilomètres aller, dix-sept retour. Tous les jours ! C’est beaucoup trop, lance Clara. Nous sommes en train de construire des lieux où ces travailleurs occasionnels pourront loger et pour qu’ils n’aient pas à faire autant de chemin ».
C'est aussi l'opportunité de travailler pour les femmes et ainsi de gagner un peu d'argent alors qu'elles n'avaient aucune source de revenus jusqu'alors (voir video).
Les habitations, simples mais fonctionnelles fleurissent sur la plantation
« Cinq cents hectares, c’est vaste. Nous souhaitons que les gens soient au plus près de leur lieu de travail. Certains nous ont demandé de leur construire des cases au beau milieu des terres. Nous l’avons fait. Pour le bénéfice de tous. Ils n’ont plus à se déplacer et ils redonnent vie à ces terres qui étaient jusqu’alors désertées. Ils s’en font même les gardiens ! ». Dans le même ordre d’idée, la plantation donne aussi le jour à des rizières. Ignace en désigne une au creux d’une vallée.
Les rizières aussi
Le riz est l’alimentation de base à Madagascar et les saisons de soudure sont difficiles pour les Malgaches. Lors de la saison des pluies, ils n’ont souvent plus rien à manger.
Le contrat social passé entre la Sipam et les habitants de Manambato intègre des zones de cultures dans les parcelles les plus appropriées, de manière à ce que les habitants puissent subvenir à leurs besoins en toute autonomie.
Cette idée du co-développement social fait des émules. Un particulier qui possède des terres vient d’offrir une de ses parcelles afin que l’on puisse y élever un dispensaire et une chapelle.
Ignace conclut : « Le contrat social que nous sommes en train de mettre en place est véritablement une approche win-win, gagnante-gagnante. Et il attire l’attention ! D’autres villages de la région nous demandent de déployer la plantation sur leurs terres. Mais nous devons procéder pas à pas. »
Jean-François Aubert pour The W Planet Explorations
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Commentaires
Le contrat social doit devenir perenne et se multiplier. Un pays magnifique et une leçon de vie donnée par Ignace et Clara. Merci pour ce point de vue si clair et interessant.